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L’Approche écologique de la perception visuelle

L’Approche écologique de la perception visuelle par James J. Gibson, éditions MF, Collection Dehors

à paraître en octobre 2009

L’Approche écologique de la perception visuelle, dernier ouvrage publié (1979) de James Gibson, constitue de son propre aveu une somme rétrospective de ses travaux, et voit la culmination de l’approche écologique dans l’introduction du concept d’invite (ou affordance), qui caractérise l’objet réel de la perception comme matrice d’un ensemble possible d’actions et d’interactions. Le concept d’invite permet donc à Gibson d’affermir rétrospectivement son édifice conceptuel : ce concept écologique permet d’affirmer l’assise réaliste de l’approche directe de la perception. En effet, caractériser l’objet perçu comme une somme d’invites, c’est affirmer que la perception nous met directement en contact avec un objet parce que cet objet est somme d’interactions réelles, physiques, immédiatement effectuables par un observateur incarné. Cette approche noue donc perception et action, jouant ainsi un rôle de premier plan comme précurseur des recherches récentes au sein des diverses branches des sciences cognitives et de la philosophie de l’esprit, qui montrent toujours davantage leur liaison essentielle.

Traduit de l’américain par Olivier Putois. Olivier Putois, né en 1979, ancien élève de l’ENS de Lyon/Sciences Humaines, agrégé de Philosophie, boursier de la Fondation Thiers, achève actuellement une thèse à l’Université de Paris-IV Sorbonne traitant de la portée et les limites d’une approche phénoménologique de la perception, à partir notamment d’une étude de la psychologie de la forme. Ce travail l’a conduit à examiner les tentatives de « naturalisation » de la perception, et les liens entre phénoménologie, philosophie de l’esprit et sciences cognitives, à la suite d’un séjour de recherche d’un an à l’Université de Californie à Berkeley. L’approche gibsonienne, présentée dans sa version définitive dans L’Approche écologique de la perception visuelle, constitue un des axes privilégiés de cet examen interdisciplinaire.

Avec une préface de Claude Romano.

L’Approche écologique de la perception visuelle a été traduit avec le soutien du CNL.

Parution : octobre 2009.

Extrait :
Peu de livres, dans le domaine de la psychologie, fourmillent d’idées à chaque page, et L’Approche écologique de la perception visuelle est assurément de ceux-là. Depuis sa parution, en 1979, l’ouvrage de Gibson n’a pas seulement ouvert la voie à une multiplicité de recherches empiriques et donné naissance à une véritable école, mais il a été à l’origine de vives controverses qui, aujourd’hui encore, sont loin d’être éteintes . On comprend aisément pourquoi : ce livre ne nous invite à rien de moins qu’à un renversement complet de perspective dans notre approche du problème de la perception visuelle. Il s’attaque à l’un des dogmes les plus centraux des sciences cognitives, lui-même issu d’une longue tradition philosophique : l’idée selon laquelle la perception visuelle serait construite par le cerveau sur la base des stimuli agissant sur la rétine. Contre cette vieille et vénérable tradition, Gibson défend la thèse provocatrice, au moins à première vue, selon laquelle « les entrées de la rétine ne sont pas les éléments sur lesquels opère le cerveau »). Ce que les animaux que nous sommes perçoivent directement, ce ne sont pas des stimuli lumineux, transformés en sensations par la rétine et en perceptions par le système nerveux central, mais un environnement ou un « arroi optique (optic array) » déjà structuré de manière complexe et qui s’adresse d’emblée à nos comportement vitaux : ce que nous percevons n’est pas un milieu physique, mais un environnement qui ne peut être correctement décrit qu’en référence aux actions possibles d’un animal. Si la tâche du cerveau, nous dit en substance Gibson, était celle qu’on lui prête, construire un environnement phénoménal à partir d’une mosaïque de stimulations rétiniennes, percevoir quelque chose relèverait du miracle.

Toutefois, on se tromperait lourdement en croyant que la seule portée de l’ouvrage de Gibson est interne au champ des sciences cognitives, soit que l’on suive Gibson pour en contester les fondements, soit qu’à l’inverse, on tente de consolider ceux-ci en critiquant les prémisses de l’approche écologique. On se tromperait sans doute aussi si l’on croyait que le seul prisme pertinent pour envisager les recherches de Gibson est celui fourni par la philosophie américaine contemporaine d’inspiration analytique. Il se pourrait que le lecteur français trouve beaucoup moins étranges que son homologue d’outre-Atlantique bien des idées de L’Approche écologique. Et comme c’est à ce lecteur que s’adresse cette préface, il n’est peut-être pas inutile de souligner la continuité qui existe entre le livre qu’il va lire et des courants de pensée européens tels la Gestaltpsychologie et la phénoménologie (connue par Gibson à travers son maître Langfeld), avant de tenter de mesurer, le moment venu, l’originalité de son entreprise.

Ce que propose Gibson, pourrait-on dire, n’est rien moins qu’une révolution anti-copernicienne, c’est-à-dire une révolution qui renverse la révolution copernicienne proposée par Kant et déjà largement préfigurée par Descartes, révolution dont le cognitivisme contemporain, en mettant le cerveau à la place de l’ego ou du sujet transcendantal, est à maints égards l’héritier. Loin d’être constitué ou construit par le sujet/cerveau, l’environnement est directement perçu, c’est-à-dire en l’occurrence vu, sans l’entremise d’aucun intermédiaire mental d’aucune sorte. C’est ce que Gibson appelle son « réalisme direct » - direct, au sens où est indirect un réalisme qui postule que les perceptions sont inférées sur la base d’entités plus directement données, qu’on les appelle « sense data », « objets primaires », « vécus » ou « phénomènes ». Tandis que les théories classiques de la perception partent d’une idée bien déterminée de ce que sont les stimuli visuels - la prétendue « image rétinienne » - pour mettre en évidence les décalages que l’on observe entre cette stimulation et ce qui est perçu, et en conclure que le monde perçu n’est pas le monde physique, mais un environnement subjectif ou phénoménal que le sujet/cerveau contribue à construire, le raisonnement de Gibson procède à rebours. Il part du principe que l’objet de la perception est le même que celui de l’action, sans quoi l’animal serait incapable de survivre : ce n’est pas un phénomène « dans la tête » ou « dans la conscience », mais c’est l’environnement réel lui-même, celui que l’animal partage avec se congérères et avec les membres d’autres espèces. À partir de là, et tout en soulignant que le cas des illusions perceptives est généralement surestimé par les théoriciens de la perception, la question devient celle de savoir comment concevoir la stimulation optique réelle, dans les conditions réelles de perception ; et Gibson nous invite alors à considérer le fait que ce n’est pas la lumière du physicien, dans sa double définition corpusculaire et/ou ondulatoire, qui est perçue par l’animal, mais la lumière réfléchie et réfractée par une infinité de surfaces et des milieux hétérogènes, c’est-à-dire structurée de manière hautement complexe, que Gibson appelle « lumière ambiante ». L’information spécifiée par la lumière ambiante est bien plus riche que ne l’ont généralement supposé les théoriciens classiques de la perception, et c’est pourquoi cette information n’a pas à être « traitée » par le cerveau : la perception n’est pas une computation ; c’est une saisie directe ou un prélèvement (pick-up) des invariants de structure qui sont présents dans l’arroi optique de l’animal. Le seul point de départ possible pour une théorie de la vison n’est donc pas l’optique physique, mais une « optique écologique ».

Extrait de la préface de Claude Romano

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