ENFIN !

Il vient de se passer quelque chose, c’est incontestable.

Renews 2

Livre 128 pages.
Format : 13 x 19 cm.
28 octobre 2005
13 euros
isbn :2-915453-06-3  


Nathalie Blanc, Jérôme Game, Hugues Jallon, Bernard Joisten, Émily King, Natalia Krinerkopf, Onuma Nemon, Julie Pareau, Emmanuelle Pireyre, Lydie Salvayre, Philippe Vasset.


11 auteurs pour ce numéro 2 de renews.
RENEWS série d’ouvrages collectifs sous forme de news.
Sur une thématique, des auteurs sont invités.
Déjà paru : renews 1 Terraformation (janvier 2005).


La raison ne conduit pas une laguna On avait tablé au départ sur un citoyen universel et abstrait. Peu importe à la limite que le citoyen se soit acheté une laguna l’année dernière. Un citoyen n’est pas l’individu avec son égoïsme, peu importe qu’il repeigne sa chambre avec une peinture bio, et qu’il déjeune trois fois au restaurant d’entreprise et les deux autres fois à la piscine. Ses passions ne comptent pas, les minijupes, l’addiction au jeu ne le concernent pas en tant que citoyen, les baisers sur la bouche ne sont pas directement son problème, il s’extrait et flotte, il n’est pas amoureux fou d’une personne précise, la raison s’exprime par son truchement, il ouvre la bouche et les autres citoyens en voient sortir des perles nacrées fluorescentes qui sont la voix de la nation, car il est débarrassé de ses préjugés de classe, en cela réside son autonomie. Mais ensuite, quand fut vraiment instauré le suffrage universel, en lieu et place du citoyen espéré, on fut paraît-il déçu de voir survenir et s’asseoir l’homme qu’on nomma homme situé, l’homme avec une profession, des goûts et des besoins. Et cet idiot venait de contracter un crédit de trente-six mois pour sa laguna, il arrivait de la banque avec un sourire disproportionné.

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De là où nous nous trouvons
« Quand la nuit s’achève/il faut vivre ses rêves » (bis), pour nous c’est terminé, c’est terminé ces histoires, oubliées, pffffuit, ça ne vaut plus rien, c’est absolument anachronique, même s’il y en a 22 qui sont morts ici dans le passage devant les yeux du gamin là-haut, ses grands yeux sont devenus absolument fous, on n’a jamais vu ça même si on n’a pas d’images je vous l’ai dit, personne n’a encore pu entrer, le périmètre est bouclé, on n’a touché à rien, c’est pourquoi
« Quand la nuit s’achève/il faut vivre ses rêves » (bis) l’enfant est enfermé là-haut dans le passage depuis deux heures au moins, trrrt, trrrt, trrrt, sa règle se tord frotte rebondit sur le fer forgé du balcon, c’est pourquoi quand la chanson s’achève, hop ça recommence, c’est le principe, c’est sans fin, les paroles de laurie résonnent très fort contre les murs du passage, et si personne n’intervient, pas de raison que ça s’arrête
« Quand la nuit s’achève/il faut vivre ses rêves » (bis). Voilà c’est le disque, c’est la chanson, on n’entend que ça, et personne n’intervient, c’est bouclé.

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Explications
Les autres, bien sûr, ne voient rien. On a essayé de les éduquer, mais peine perdue : ils ne veulent ni comprendre ni savoir. Alors on les prend par l’épaule, on tend le doigt, on leur dit « là, en bas de page ; et là, la troisième fenêtre à gauche ; et là encore, l’homme en costume à côté de la voiture ». Ils nous regardent, interdits : quelle importance peuvent bien avoir ces détails triviaux ? On explique qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle fenêtre ni de n’importe quel homme, que tout cela est lié. Que la date, l’heure et l’alignement des planètes sont également des facteurs à prendre en compte. Mais chaque événement demande tellement d’explications que, très vite, ils se détournent et cessent de nous écouter. À l’avenir, ils nous éviteront.

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Le carré noir anarchiste précède la Révolution. Les municipalités voulaient plutôt de la représentation où le bras est un bout de drapeau, des masques, un petit morceau de viande hystérique au fond du constipé, de fausses perspectives politico-bucoliques (“Qui ne travaille pas ne doit pas manger”), des espaces nuagés pour cacher la misère des laideurs urbaines, et recouvrir la violence des graffiti spontanés. Ils cherchaient désespérément des anti-modernistes de confiance comme d’autres la porcelaine d’agitation ou des assiettes de propagande. Contre cette délégation de pouvoir, cet appareil de traduction faisant appel à des spécialistes, Minet, Hubert et tous ceux de la bande à Jésus agissaient à Dijon tandis que Saîd, qui s’était joint à eux dans certaines expéditions, œuvrait à présent à New-York avec des groupes d’intervention rapide sur des îlots importants, composés d’habitants de divers blocs en désordre et prêts à fondre dans la soupe tiède, parmi lesquels beaucoup de femmes, de porto-ricains et de noirs pour qui le suicide est aussi un moyen de lutte, purulence immédiate et irrémédiable des parois par les taches ; ni délégation ni individualisme forcené ; ils envoyaient chier aussi bien les maires que certains artistes (dont l’embus de sacralisation empâtait de merde des lieux d’intensité émergeante, prêts à inscrire dans leur journal “Giotto, Pollock et moi” alors même qu’aucun histriographe glandulaire même le plus infatué narcissique n’aurait jamais osé écrire “Rimbaud, Lautréamont et moi” sans tomber immédiatement de la posture tragique au Woddy Allen involontaire) qui sollicitaient des graffiti sur certains de leurs muraux, les autres devant demeurer intouchés tel celui où l’on voyait Lénine arriver dans son wagon plombé gardé par des Allemands ! Faut semer des imagos, des vignettes ! qu’i glapissaient tous, les Docteurs, sinon ousqu’on irait ? Brevis est. « Tout ça c’est des recouvertures décoratives, les jambes et l’histoire, le leurre de la démocratie directe, disait là-bas Saîd, de faux détournements, rien que des calques, transports folkloriques de la pulsion de Mort.


Téléchargez la suite des épisodes de La Femelle (épisode 8, 9 et 10) en format PDF. La femelle...suite

    Lybè®e : Renews 2

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    communiqué renews 2

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ENFIN !


Frais de port :