L’inaudible et l’invisible

Fabien Vandamme

 

"Un procès pour plagiat de silence... L’œuvre « totalement silencieuse » en question, on l’aura reconnue, il s’agit de 4’ 33’’. Ainsi donc, après la firme Harley-Davidson qui tenta, en 1994, de faire déposer les bruits de ses moteurs , c’est au tour du silence d’être soumis à la loi sur le copyright ! On appréciera l’humour. Certes, il ne s’agit pas de n’importe quel silence, et encore moins, pour le coup, d’un silence « totalement silencieux » (contrairement au silence numérique de la pièce de Batt). Mais au-delà de ces querelles judicio-monétaires, une question se pose : si tout le spectre sonore, du silence au bruit, est sous contrôle, que nous reste-t-il ? Déjà l’environnement sonore est largement designé, dirigé (par un chef d’orchestre invisible mais bien présent, un Big Brother du son), fonctionnalisé. L’écoute elle-même, déjà sélective par nature, est dirigée, ne pouvant que difficilement se laisser aller en toute liberté aux bruits aléatoires et variés, ne pouvant que difficilement frayer parmi l’abondance d’informations, de signaux imposés qui les couvrent."

DEA. 2004.

    Fabien Vandamme

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