UNE PAUSE, MILLE COUPS !

Maxi Kim

Collection Littérature étrangè®e

Livre de 128 pages
Format : 13 x 19 cm
18 janvier 2012
13 euros
isbn :978-2-915453-82-9 

Une pause mille coups ! est un roman initiatique
nourri par la rencontre des classiques de la littérature asiatique
avec la théorie occidentale contemporaine.
Une rencontre parfois brutale retranscrite dans une langue
qui se joue des genres.

Traduit de l’anglais (US) par Morgane Saysana et Émilie Notéris
One Break, A Thousand Blows !, Book Works, 2008

Une Pause, Mille Coups ! mêle fiction et théorie et se refuse à choisir clairement entre les deux. S’appuyant sur des œuvres littéraires japonaises célèbres, il revisite le mythe de l’écrivain nippon en évacuant habillement toute mythologie orientaliste. Une Pause, Mille Coups ! —mélange d’onirisme érotisant et de réalisme quasi-désincarné— affirme qu’il n’existe aucun écart entre sexualité et structure textuelle ; il aspire à un devenir anti-métaphorique, cherchant à échapper à la logique du modernisme et du postmodernisme.

Cannibalisant chaque livre auquel il fait référence Une Pause, Mille Coups ! est foncièrement investi dans la bibliolâtrie, ses protagonistes polymorphes sont incessamment soumis à l’utilisation occulte de livres dans un but divinatoire. Une Pause, Mille Coups ! oscille entre poésie du corps et mécanique de l’intellect.


En couverture : Unemployment reenactment by a samouraï of nowadays (2010)
image issue de la performance de Sandy Amerio.
Reenactor : Hiroki Nakazato
http://www.amerio.org/

Question horticulture, le président Kato était plus versé dans la théorie que dans la pratique, et cette réaction lui rappela les agissements de ces collectionneurs britanniques du dix-huitième siècle qui envoyaient des hommes à l’autre bout du monde détruire toutes les variétés d’orchidées locales, sauf une. L’idée étant de faire monter sa valeur en flèche. Le président se mit à rire.
- Eh oui, je savais que ça vous ferait glousser, mais n’empêche que c’est vrai, quoi que vous en pensiez.

Ryu se leva, et, tournant le dos à son collègue, passa en revue la bibliothèque de ce dernier : Broken Silence : Voices of Japanese Feminism by Aoki Yayoi, Ide Sachiko, Kanazumi Fumiko et Kora Rumiko (exemplaire non traduit). Beauty Up : Exploring Contemporary Japanese Body Aesthetics by Laura Miller. Male Homosexuality in Japan : Cultural Myths and Social Realities by Mark McLelland. C’est Ryu qui lui avait fait découvrir cet innommable courant de pseudo-sociologie apparu après les années soixante.

- Vous vous méprenez à mon sujet, Ryu. Je vois bien où vous voulez en venir. J’ai compris votre petit manège depuis que vous avez acheté cette poignée de shunga du dix-septième siècle, toujours soucieux de les cacher au grand public.
Alors la voix de notre cher président grimpa soudain à son plus aigu.
- Si je ne m’abuse, vous tentez de sauver notre belle et innocente héroïne du regard profane des Philistins, pour éviter que l’image de Tomi ne soit clonée en masse, reproduite et disséminée en millions de copies aussi belles que l’originale si ce n’est plus. C’est ça, non ? Croyez-moi, Ryu, je sais ce que vous ressentez. Quand je vois ce que nous servent des imposteurs comme Yumiko Kayukawa ou Masakatsu Sashie et tout un tas d’autres jeunes parvenus, je pâlis d’effroi. Ils plagient, copient-collent, raboutent n’importe comment le neuf et l’ancien. Résultat : tout ce qui, à la base, est solide disparaît en fumée ! Ils me font penser à ces artisans véreux qui reconstituaient à la glu des reliques grecques datant de l’antiquité en ajoutant ça et là de faux fragments patinés au thé. Tout ça dans l’optique de faire du profit sans attendre. Et le même phénomène se produit en littérature aujourd’hui. Les jeunes sont assaillis de livres décérébrés : quand ce n’est pas par les mangas ou les films d’animation, c’est par l’hémoglobine à outrance d’un Ryu Murakami ou les récits initiatiques à la guimauve d’une Banana Yoshimoto qu’ils sont distraits. Tout ce qui est sacré, on le profane ; mes étudiants ne parviennent même plus à apprécier, donc encore moins à absorber, l’étrange clarté de Basho, l’esthétique de Buson, ou le charme dévastateur et nihiliste d’Issa...

Le président Kato était sur sa lancée : il déblatérait des âneries, fidèle à son devoir (au sens strictement kantien du terme) et Ryu sentit qu’il n’était pas près de s’arrêter. Se prêtant au jeu de son ami, il hochait la tête de temps en temps, mais son esprit était tout ailleurs. Bien sûr, Tomi hantait sa rêverie éveillée.


    Communiqué

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UNE PAUSE, MILLE COUPS !