COPULATION MÉCANIQUE

Maria Fusco

Collection Littérature étrangè®e

Livre de 128 pages
Format : 13 x 19 cm
22 septembre 2011
13 euros
isbn :978-2-915453-88-1 

Premier livre de Maria Fusco, écrivaine et théoricienne irlandaise,
"Copulation mécanique" détaille les situations aliénantes d’une époque :
quand l’angoisse de nos vies stéréotypées confine à l’expérience paranormale.

Traduit de l’anglais (IRL) par Maxime Berrée & Émilie Notéris

Avec un goût prononcé pour les décalages aussi bien syntaxiques, langagiers que narratifs et l’irruption de l’absurde dans notre quotidien, Maria Fusco signe un premier ouvrage singulier de vingt nouvelles paru sous le titre The Mechanical Copula (Sternberg Press, 2010).

La langue oscille entre langage courant et richesse d’un vocabulaire précis et exubérant, accordant autant d’attention à la description d’un repas gargantuesque qu’à sa régurgitation. L’auteure dénude habilement les fils de contact tressés entre culture et marchandisation et révèle avec espièglerie les failles de nos scénarios de vie ne demandant qu’à céder sous la pression du réel. On croisera notamment Donald Sutherland en Casanova mécanique, deux hommes mangeant un clown, un individu obsédé par l’investigation des poubelles, un braqueur de banque naïf armé d’un simple revolver de plastique.

Si les situations initiales de ces nouvelles peuvent au premier abord nous sembler familières, très vite Maria Fusco entraîne le lecteur dans un univers fantastique et dérangeant.


En couverture : Tongue-in-Cheek, C-print, 30 x 20 inches, edition of five, 2008, © Eve Bailey
http://evebailey.net

La tranche beurrée

Tout le monde savait dans la rue que le fils de Mr Forte touchait aux miches de pain qu’ils vendaient au magasin. D’une taille immense pour ses treize ans, ce garçon avait des dents blanches d’une longueur surprenante, des yeux marrons timides et une oreille déformée. Comme il était toujours dans le magasin, je ne vois pas comment il serait allé à l’école ; mais il savait compter, et lire les listes de courses que les gamins apportaient pour leur mère, il devait donc avoir reçu une éducation.
La première fois que j’ai entendu parler de ce que faisait le fils de Mr Forte, c’était par mon copain Martin. Il m’a raconté qu’un mardi après-midi, il avait acheté un pain pour se préparer des sandwiches au corned beef qu’il mangerait le lendemain midi. Martin m’a dit qu’il ne s’était pas rendu compte que quelqu’un avait touché au pain avant le mercredi matin, quand il en est arrivé à la moitié. Une tranche était beurrée. Une fine couche étalée avec soin jusqu’à la croûte. Martin l’a mangée.
Presque chaque jour après cela, un voisin découvrait une intervention faite sur le pain acheté. Une tranche seulement. Toujours vers le milieu de la miche. Au départ, ce n’était que du beurre mais bientôt d’autres genres de garnitures apparurent, en une succession dénuée de logique interne en termes d’ambition culinaire : terrine de crabe, confiture, margarine, pâte à tartiner, miel, graisse de rôti.
Les clients ne se plaignaient pas auprès de Mr Forte. Ils acceptaient la tranche tartinée comme ils supposaient qu’elle était offerte : avec amour.


    Communiqué

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COPULATION MÉCANIQUE


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