PATER LAÏUS

Ian Soliane

Livre 64 pages
Format : 13 x 19 cm.
18 janvier 2008
9 euros
isbn :978-2-915453-43-0 

À la première page du livre l’héroïne mange son père puis se présente au commissariat. Elle sera "sélectionnée" puis internée.

Les divagations, les obsessions, les souvenirs et conseils de l’héroïne de Pater Laïus tissent un improbable journal. L’écriture est tranchante et minimale, d’un réalisme froid, d’un humour brutal. La barbarie est un kit qui peut s’installer à tout moment.

Après plusieurs livres apparentés à l’autofiction, Ian Soliane nous propose un transfert violent et hallucinatoire en milieu psychiatrique.

L’année de tes treize ans on embrochera ton père à l’aide d’un couteau de chasse, lame 16 cm, marque Bowie, sous tes yeux. Tu sortiras ton crayon khôl et le planteras une quinzaine de fois dans l’oeil droit du tueur. Puis tâche de danser un mouvement qui soit à la fois celui du deuil et celui du krump. Bien sûr, tu ne pourras pas éjaculer. Cherche à supprimer cette déficience.

Pendant trois jours tu cuisineras ton père presque sans interruption -l’écossage des burnes, coupées en petits dés, ne sera pas le moins ludique- avale gaiement le nez et les oreilles, tout en te doutant de ce qui plus tard sera révélé par les rayons X.

Tu marcheras jusqu’au commissariat, entreras, et refermeras la porte derrière toi. On ne manquera pas de te faire remarquer, alors, que manger sa famille est un délit grave. Allègue que vivre en prison ne peut pas être à ce point mortel.

Notre maison entrera dans un silence paisible.

Pour savoir si tu es un loup-garou, ils vérifieront tes mains et se méfieront si tu as les pouces plats.

Tu t’expliqueras aussi sur la bizarre impression que tu auras d’être noire.

L’avocat général, à qui l’on présentera ton vidéo blog, dégueulera (tu auras affaire à une juge très novice). Tu diras : je viens pour l’annonce. Tu seras sélectionnée.

A ton arrivée, tu seras déloquée, douchée, blanchie, relookée, grâce aux conseils d’un coach. Un numéro de lit te sera attribué. Dans le cadre de la prévention du suicide, tu recevras un recueil d’histoires drôles et une paire de bongos.

Tu procèderas à l’examen des lieux (grands murs de plexiglas, onze cents micros, cent dix webcam, ceux qui meurent à Sarguemines sont enterrés sous le terrain de foot qui jouxte l’institution spécialement conçue pour protéger la race humaine). Ce n’est pas dire que tu seras livrée au chaos, bien au contraire, tu écriras ton nom en bas d’une liste de cobayes punaisée au-dessus du frigo.

Pour gérer le centre, la production s’adjoindra les services d’une congrégation religieuse tirée à quatre épingles, laquelle s’occupera de la cuisine, de la lingerie et de l’infirmerie. Tu entendras nettement une voix te dire : « le scotch à l’eau, ça me rend cinglé ». Il sera voté que, du point de vue des probabilités, tu auras très peu de chances de survivre.

Tu te surprendras à passer la première semaine sans ôter tes lunettes. Tu chanteras en play-back sur Fack. On ne te verra jamais sans ton ipod. Tu auras, à ce moment-là, le côlon dilaté.

Article de Sébastien Faramans dans La Marseillaise, le 30 mars 2008.

Compte-rendu sur France Culture dans Tout arrive d’Arnaud Laporte le lundi 4 février.

Compte-rendu par la revue Action Restreinte, janvier 2008.


    Communiqué

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PATER LAÏUS


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