CRIME DESIGNER

Dario Argento et le cinéma

Bernard Joisten

Livre de 160 pages
Format : 13 x 19 cm.
19 janvier 2007
15 euros
isbn :978-2-915453-33-1  

Crime designer est un essai sur le cinéaste italien Dario Argento, maître incontesté de la pulsion criminelle. Derrière des films organisés comme des enchantements du drame, se profile une théorie de la mise en scène activée de forces excentriques, mais aussi de clichés tordus. Crime Designer interroge Argento le cinéaste manipulateur de visions ambivalentes, tendues d’érotisme et de tragédie.

Une première partie découpera les thèmes, les scènes, les séquences, selon des ordres et des logiques étrangères au corps des films. Agir à la tronçonneuse et mixer les informations selon des genres, fabriquer des exergues, mettre des accents sur tel ou tel structure, jeu, logique, scénographie. Chasser l’homogénéité des films pour fabriquer des catégories. Dans ce chapitre, on mélange, on invite, on fait jouer le sens dans les circuits de la comparaison. Guy Bourdin, Guy Debord, guimauve et Guy Georges, à qui le tour ? On erre entre les grandes manœuvres théoriques et les petites ondes de l’intuition. Le cliché, la mode, le négatif, le design, la publicité, la lumière, le montage, De Palma, Hooper (Tobe), le vide, la fermeture, l’ouverture, le motif-tableau, les animaux, la dérision, la caméra subjective... Où se trouve Argento, dans ce yoyo théorique, à quel niveau d’assemblage, de ressemblance ou de rupture ? Expliquer sa position, son statut, et le prestige de sa singularité.

Une deuxième partie exposera les films dans leur économie générale. Il s’agit ici de ne pas démonter le matériel pour le garder dans un état de lisibilité facile et fluide. Analyser, c’est détruire, ça relève de la technique des bulldozers qui cherchent des corps dans un jardin de serial killer. On détruit les indices. La deuxième partie restitue ces indices, les place en exergue, les énonce en suivant le chemin des narrations. Ici c’est la mémoire qui travaille, qui surfe sur l’impact des trames, ses zones majeures, ses éléments foudroyants. Il ne s’agit pas de résumer, de raconter la globalité, mais de suivre le parcours des schémas principaux de la machine Argento.

Né le 7 septembre 1940, Argento est toujours vivant, merci, et il continue de faire des films, il est déjà assis sur une pile de chef-d’œuvres qui lui ont attiré beaucoup de fans et de controverses diverses... Les titres de ses films se trouvent aisément sur internet, mais citons les plus fameux :

2009 : Giallo
2007 : Mother of tears
2005 : Jenifer
2005 : Vous aimez Hitchcock ?
2002 : Card Player
2000 : Le Sang des innocents (Non Ho Sonno)
1998 : Le fantôme de l’Opéra (Il fantasma del opera)
1996 : Le syndrome de Stendhal (La sindrome di Stendhal)
1993 : Trauma
1989 : Deux Yeux maléfiques (Due occhi diabolici)
1987 : Opera
1985 : Phénoména
1982 : Ténèbres (Tenebrae)
1980 : Inferno
1976 : Suspiria
1975 : Les Frissons de l’angoisse (Profondo rosso)
1973 : Le tram (Il tram) - série de quatre téléfilm
1973 : Cinq jours de révolution (Le cinque gionarte)
1971 : Quatre mouches de velours gris (Quattro mosche di velluto grigio)
1970 : Le Chat à neuf queues (Il gatto a nove code)
1969 : L’Oiseau au plumage de cristal (L’uccello dalle piume di cristallo)

Sa signature d’origine est le gallio (en référence aux couvertures jaunes des romans policiers populaires), qu’il modélise dès son premier film (l’Oiseau au plumage de cristal). Sa carrière ensuite évolue en déclinant cette formule (Ténèbres, Les Frissons de l’angoisse), et en allant chercher d’autres climats du côté gothique, où le fantastique se mêle à l’intrigue policière (Suspiria, Inferno).

De factures diverses, ses films se font toujours remarquer pour leur audace côté procédés plastiques (caméras ultra mobile, éclairages bariolés), souvent pompeusement nommés « baroques ». Mais la mise en scène décomplexée du sadisme, dans des cas de figure où c’est souvent les bonnes femmes qui trinquent (ouvragées comme des salopes) l’empêche d’atteindre les cîmes statutaires d’un Lynch ou autre auteur super-culte spécial Inrockuptibles. Dans les années 80 il réussit un chef d’œuvre, Ténèbres, dont l’intrigue se noue à des ambiances discos d’une valeur de clip publicitaire rarement atteint depuis. Par ailleurs il faut mentionner le binôme qu’il forme avec les Goblins, musiciens hors-pairs, qui customisent toute cette matière filmique dans une masse d’accords aujourd’hui très vintage.

Oscillant entre des ambiances pop décadentes néo-géo (Suspiria, Inferno) et les tragédies gores qui somnolent dans une espèce de formol onirique (Phenomena, Syndrome de Stendhal), Argento glisse d’un genre à l’autre tout en restant maître de son combat contre l’ennui. Le spectateur, lui, profite de la générosité sadique, il en a pour son argent.

Avec ses derniers films, (Sang des innocents, Card player) Argento semble revenir a plus de sobriété, mois d’effets. En conséquence, l’agilité de la narration a pris une efficacité redoutable, et on attend la suite, maestro !

Sur le tournage de Mother of tears le prochain film de Dario Argento, Turin, novembre 2006.
© Alexandra Gaita.

Bernard Joisten à réalisé une interview de Dario Argento en novembre 2006 à Turin sur le tournage de son prochain film Mother of Tears. Ci-dessous le début de cette interview.

Fantasy Master
Dario Argento fait des films chargés de suspens, de style et de sang, comme autant de signatures de sa propre folie. Mais derrière la caméra, dans le monde feutré du réel, c’est un homme calme et qui sait mettre à distance l’héroïsme de sa fantaisie érotique et létale. Nous avons rencontré Dario Argento à Turin, dans un hôtel situé au centre de cette ville aristocratique et lustrée par le souvenir des princes. C’est en plein tournage de son nouveau film, La Troisième mère, que nous avons tenté d’ouvrir un peu la boîte noire, et de saisir l’état des choses d’un cinéaste toujours poursuivi par le besoin de ne pas ressembler aux autres. La parole du Maître est aiguisée et limpide, elle glisse avec nonchalance sur le thème du sexe, de la censure, de la pulsion, de la fantaisie, de la croyance, de l’architecture, et glisse, au détour d’une question, sur le souvenir de Sergio Léone. Cette parole est un muscle préparé, entraîné aux turbulences des tournages, et pour qui nos menues questions semblent se déguster comme un capuccino.

La Troisième mère, votre dernier film, constitue t-il un retour au gothique ?
Je ne dirais pas gothique. Pour ce nouveau film, j’ai mixé plusieurs modes d’inspiration. D’ailleurs, j’ai abandonné le gothique pur depuis longtemps. Ce genre était devenu pour moi une espèce de prison. Dans La Troisième mère, je mélange un style érotique et violent, combiné avec des allers-retour passé/présent. J’ai englobé tous ces éléments dans une forme inédite. J’ai l’impression d’avoir ouvert une nouvelle porte dans ma carrière, ce qui m’enthousiasme énormément.

Critique dans L’écran Fantastique, avril 2007.

Dario tout en mots, sur le blog cinéma de Flcutuat.net

Article sur Giallo-fever, site


    Communiqué

     [PDF | 314 ko]

    Interview de D. Argento

     [PDF | 3.4 Mo]

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Frais de port