979-10-90983-03-8

paru le 12/04/13

160 pages

15 €

Timothée Duverger

LA MODERNITÉ RELATIONNELLE

Une autre histoire de France de 1968 à nos jours

Le moment Mai 68 est-il une révolution manquée ? Assurément si l’on en juge par le renforcement de la Ve République après la victoire sans précédent des gaullistes qui suit la dissolution de l’Assemblée nationale par Charles de Gaulle. Mais c’est sans compter sur les effets souterrains de l’explosion qui souffle les fondations de la modernité organisée arrivée à son apogée après guerre avec le modèle keynéso-fordo-welfariste. Sous la surface des événements, c’est une transition sociétale qui se joue. Mai 68 ouvre une brèche en instaurant un nouveau rapport au temps : le présentisme. C’est la matrice d’une nouvelle dialectique qui travaille la modernité, deux lignes de force répulsives autant qu’attractives la détruisent et la reconstruisent à la fois. Deux voies sont ainsi empruntées quasi simultanément dans les années 1970 : une voie hypomoderne, autogestionnaire, celle du présent long, qui ralentit le projet accélérateur de la modernité pour s’approprier collectivement le présent ; et une voie hypermoderne, néocapitaliste, celle du présent court, qui « suicide » les institutions, élimine tous les freins et libère toute la puissance accélératrice de la modernité, pour proposer à chaque individu de consumer le présent dans l’immédiateté. La seconde voie semble d’abord l’emporter, l’hypermodernité régnant en maître du début des années 1980 au milieu des années 1990. Mais resurgit alors la voie hypomoderne avec l’essor d’un nouveau contre-mouvement emmené par l’altermondialisme, qui restaure la dialectique initiale. La crise systémique, à la fois économique, technique, énergétique et politique, conduit le processus vers son achèvement : les deux voies antagonistes convergent, leur hybridation génère une bifurcation dont les premiers pas indiquent une reconfiguration de la modernité. De la résolution de la dialectique hyper/hypo émerge une nouvelle voie que parcoure la génération Y : une « immobilité fulgurante » porteuse de resynchronisation, une modernité relationnelle créatrice d’harmonie avec soi, les autres et la nature.

Timothée Duverger

est doctorant en histoire au Centre d’études des mondes moderne et contemporain (CEMMC) à l’Université Michel de Montaigne – Bordeaux 3. Il a déjà publié deux livres sur l’histoire des brèches : La Décroissance, une idée pour demain (Sang de la Terre, 2011) et Le Parti socialiste et l’écologie (Fondation Jean Jaurès, 2011).