978-2-915453-61-4

paru le 15/06/11

39 pages

3 €

Frédéric Neyrat

Aux bords du vide, évènement et sujet dans la philosophie d’Alain Badiou

En évitant le clivage binaire très en vogue actuellement, le "pour ou contre Alain Badiou", Frédéric Neyrat interroge la théorie du sujet chez le philosophe français, cœur de son livre L’être et l’événement. Avec en ligne de mire une question : comment l’écologie politique peut-elle modifier le devenir d’un monde au bord du vide ?

Extrait :


J’ai continué à lire les livres d’Alain Badiou, mais mon écart s’est marqué. Une désuturation absolue est symptôme d’unfantasme symétrique à celui d’une fusion des conditions dela philosophie, fantasme de l’intégrité des champs homogène, comme je le montrerai plus loin, à la constitution d’un sujet humain intégralement coupé de ses parties - si j’ose dire - animales. Tout mon travail consiste désormais à penser ce qui se passe entre l’abyme et la suture. Le sujet badiousien, je l’ai vu de plus en plus comme un sujet humaniste, voire surhumaniste, au fond pas tellement éloigné du Dasein heideggérien et son mépris du vivant. J’ai eu de plus en plus de mal à faire la différence - sur le plan des responsabilités intellectuelles qui ont conduit, par tant de petites mains et de petits cerveaux, aux désastres éco-psychiques actuels - entre Badiou et certains intellectuels, dits de gauche ou de droite, qui auront été incapables de penser en termes de relations et de finitude - de fragilité, de vivant et de mortalité. Pour signe de ce problème : Après la finitude, de Quentin Meillassoux, préfacé par Badiou - alors même que nous n’aurons jamais su vivre encore à partir de la finitude.
Il m’a semblé de plus en plus clair, au rebours de mes analyses précédentes, que le nihilisme n’était pas à chercher dans l’opinion dominante, mais dans l’Idée pleine et pure, déniant toute valeur à ce qui n’est pas elle, à l’origine même de la dévalorisation du monde. Seulement, le risque de mes théorisations s’est avéré patent : comment discerner un trajet sans Idée fixe des trajectoires consommables programmées par le capitalisme postmoderne ? Sans doute en rappelant qu’une Idée peut être le vecteur fracturé d’une existence, ce qui doit se rejouer sans cesse, au risque permanent de l’erreur, en chaque situation.

Frédéric Neyrat interroge la place et la fonction de la négativité (la destruction) et de l’indestructibilité (l’inertie, l’absolu, l’indemne) dans les domaines de l’ontologie, de la politique, de l’anthropotechnique et de l’esthétique. Au croisement de ces lignes aujourd’hui : la notion d’imagination.

Parus aux éditions ère (papier)
Le Terrorisme, un concept piégé et Clinamen.